Potlatch, extrait de scénario

  1. Ext. jour causse

Dans le Lot, une belle matinée de fin d’été. Chemin de campagne calcaire, paysage minéral du causse. Une femme, casque sur la tête, se relève vite fait derrière un bosquet de buis. Pause pipi express.

Plus loin, sa mobylette ronronne, abandonnée à même le sentier désert. Elle porte des sacoches postales sur les côtés. La factrice remonte à la hâte sur sa bécane et s’éloigne en dérapant sur la piste. Elle ne croise pas le randonneur, sac à dos et bâton de pèlerin, qui coupe à travers champ là-bas.

  1. Ext. jour jardin

Lumière matinale, jardin bohème d’une maison isolée du Quercy. Un pouf bariolé, balancé du salon, atterrit non loin de la brebis qui broute.

  1. Int. jour salon

Radio en sourdine et nouvelles d’Irak par intermittence. Victor, 50 ans, est tout nu dans ses meubles qu’il soulève, roule et déplace. Ça déménage sec : tapis, lampe halogène, magazines… les réfugiés aussi, à la radio. Victor prête soudain l’oreille et jette un œil à la fenêtre, comme s’il attendait quelqu’un. Personne.

D’un geste vif, il décroche une grande affiche. Elle se déchire. Ennuyé, il évalue les dégâts, la roule et la balance par la fenêtre. Dehors, la brebis bêle, effrayée.

Victor (il marmonne)

Saloperie…

On ne sait s’il parle de la guerre à la radio ou du carton rempli de bibelots en vrac qu’il traîne maintenant à travers le salon : un bougeoir rococo, des fleurs séchées, une statuette de Mao peinte en rose… Non, pas la statuette finalement. Il la retire du lot.

Le carton en rejoint deux autres, empilés dans un coin. Dessus, il écrit au marqueur : Hélène. Il s’arrête, en sueur, au milieu de la pièce centrifugée. Bref regard alentour et sourire satisfait. Le salon a changé d’apparence : dépouillé de ses objets féminins, il est plus nu, plus brut. Victor coupe alors la radio et attrape le téléphone. Il compose un numéro.

Victor (content de lui, à son interlocuteur)

Ça y est ! J’ai fait le tri, tes affaires sont prêtes ! Tu peux passer les chercher… (surpris) 

Quoi, tu t’en fous ? C’est dingue ça, Hélène !

Victor n’en revient pas. Découragé, il pose ses fesses sur l’accoudoir du fauteuil.

Victor

Ah non, non. Non, j’en veux pas moi… (indigné)

Que je bazarde ? Mais attends, c’est pas à moi de le faire !

Le signal de la tonalité résonne dans le silence. Dépité, Victor ne raccroche pas tout de suite. Une théière chinoise, posée à ses pieds, attire son attention. Il repose enfin le combiné et saisit l’objet en porcelaine. Ses gestes se font lents, plus délicats. Il soulève le couvercle, gratte de l’ongle le dépôt de théine au fond. Il porte enfin la théière à son nez et la hume. Une vague d’émotion le submerge. Il a l’air un peu piteux comme ça, la théière serrée contre son torse nu. La brebis est dans le salon. Ils se regardent. Conne aussi, elle ressort. Victor rabat le couvercle de la théière sur son malin génie et se lève prestement.

(…)

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